Les Sacs du Printemps

Spectacle de danse contemporaine théâtralisée

Durée 1h 

Création fin 2022 début 2023
 

Chorégraphie Noëllie Poulain

Conception et dramaturgie Noëllie Poulain et Vladimir Hugot

avec les complicités des danseurs
 

Interprétation Yon Costes, Manon Froger, Yoann Hourcade, 

Vladimir Hugot, Noëllie Poulain

Montage son Noëllie Poulain

Lumières Emmanuelle Staüble

Scénographie Noëllie Poulain et Emmanuelle Staüble

Administration, production, diffusion Élodie Darquié


Les Sacs du Printemps offre un espace commun à tous et éloigné de tout. Noëllie Poulain et Vladimir Hugot proposent une mise en scène, entre danse et théâtre, qui cherche à explorer la friction entre matière plastique et chair.

Photos © Nanao Kuroda & Noëllie Poulain

Note d'intention

Il était une fois, une île riche et foisonnante. Tout était à portée de main, apporté dès demain. Mais ça c’était avant. Maintenant. Il s’est passé quelque chose. Nous ne savons pas quoi exactement. Un cataclysme, un choc qui nous laisse tous dans l’expectative.
Au début, il y a l’écho d’une musique. Un orchestre à la respiration syncopée qu’on croit reconnaître, mais d’où ? Cette musique disparaît. Inutile, elle appartient au passé. 

Nous avons tout perdu. Désœuvrés, on se palpe le corps, seule possession qu’il nous reste, comme pour vérifier après l’accident qu’il est toujours vivant. Nous sentons bien qu’il ne tient qu’à nous de saisir ce printemps d’une nouvelle aventure. Les choses vont repousser d’elles-mêmes. C’est sûr ! Mais nous on est pas prêt, alors on repousse encore pour un temps… 
Parfois nous nous sentons nus, comme des enfants abandonnés. Sans rien. Qu’aurait-on embarqué sur cette île déserte si nous en avions eu le temps ?
Et parfois nous nous sentons puissants d’une force provenant de la Terre. Et nous nous réinventons des rituels pour goûter à cette réunion. Mais qu’est-on prêt à sacrifier au juste ? Est-ce bien utile de déployer toute cette énergie pour une communauté déchue, quand notre propre dignité a été bafouée par une telle catastrophe ?
Nous avons tout perdu et pourtant nous restons convaincus, dans ce paysage de sacs plastiques, seuls vestiges d’un ancien temps, que nous avons toujours manqué de voir ce que nous avions réellement. Pour s’en sortir. Et nous cherchons maintenant quoi…De toute façon, on a le temps désormais, de se poser des questions. Plus besoin de courir. Et puis vers quoi ?

Quelques fois les souvenirs remontent à notre mémoire comme une illumination soudaine. Nous avons encore l’impression de traverser un cycle. Il y a bien une structure à tout cela. Mais on n’en est pas conscient, on le vit, c’est tout !
Alors les tensions montent, on voit bien qu’on forme un groupe à cause des circonstances. On était bien avant. On a chacun eu des vies différentes avec leurs paradoxes, et il nous est difficile de nous entendre là-dessus. 
On s’observe, mutuellement, on s’étudie. On met le doigt sur la plaie, à travers le contact de nos chairs on se rappelle le cri et le sang de notre chute. On a du mal à y croire, encore sous le choc. Non mais c’est pas vrai! Rien de tout cela n’est vrai. Ce n’est qu’une expérience. Une expérimentation quasi scientifique pour trouver enfin le secret de ce qui fait notre humanité. 

Et puis, il y a cet homme, tous les jours témoin un peu distant de notre aventure sur cette île, dans cette boîte fermée et la saleté de notre bidonville dépeuplé. Il sait quelque chose que nous ignorons. Il commente en nous regardant faire, parfois il en rit, d’autres fois il pleure avec nous, ou se met dans une colère noire, ce qui le rend bien plus proche de notre stupide ignorance. Il en perd même son langage. Des fois, il s’adresse à des gens qu’on ne voit pas, on le prend pour un fou. On fait semblant de faire comme lui, pour s’amuser. On parle dans le vide là où c’est tout noir au bout de notre monde. 

D’autres fois on parle entre nous, parce qu’il paraît que c’est important de communiquer. On se comprend pas toujours, une véritable tour de Babel, mais sans la tour car ici on peut pas véritablement prendre de la hauteur. Si quelqu’un était témoin de la scène, il y reconnaîtrait peut-être son quotidien. Mais nous, on sait pas. On est en plein dedans. 
On questionne c’est tout.

Et puis, pour se persuader que tout va bien malgré tout, on porte des masques, différentes personnalités, mais on sait bien qu’en se ressemblant tous, ça nous rassemble pas pour autant.

Déçus on a parfois le besoin pressant de s’isoler, on se parle à soi-même, on lit des textes d’anciennes prophéties, des mises en garde qu’on ne comprend même pas, des témoignages de nos ancêtres bien lointains, on se raconte pour soi des résidus de rêves cachés dans l’ombre de nos mémoires. Sauf que même là, on se sent observés. 
Peut-être que nous sommes là pour laisser un message. Peut-être que nous ne sommes pas si seuls au monde et que quelqu’un entendra nos appels.

Heureusement c’est pas toujours aussi triste. On arrive même à toucher du doigt et par la sueur de notre front à une certaine poésie, la beauté du monde. Alors on se met à danser, à fêter notre vivance, tous ensemble, on se réinvente chamans du futur, garants d’une nature qui reprendra ses droits, de notre nature à nous, humains, qui continuera toujours de courir tout droit.

Compagnie Graine de Moutarde

chez Catherine Blancher

53 rue Quai de la Seine

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SDP 2017 2